Semaine de la Prévention des ChutesTémoignages

« La prévention des chutes n’est pas uniquement la responsabilité des établissements de soins, mais de toute la société »

By 20 avril 2021 No Comments

À l’occasion de la Semaine de la Prévention des Chutes (19 – 25 avril), MintT a pu interviewer les Prof. Dr. Ivan Bautmans (VUB) et Siddharta Lieten (UZ Brussel). Selon eux, la prévention et la documentation des chutes sont une responsabilité sociétale essentielle.

En Belgique, différentes données chiffrées circulent à propos des chutes, mais ces informations varient souvent selon les établissements de soins.

De manière générale, on peut supposer que chaque année, une personne de plus de 65 ans sur trois est victime d’une chute et cela, quels que soient la gravité ou le lieu : à domicile, dans une maison de repos, dans un centre de revalidation ou dans un hôpital.

Selon le Dr. Jean-Claude Lemper, Médecin-Chef du centre Scheutbos à Bruxelles, les chutes représentent jusqu’à 30% des motifs d’admission en milieu hospitalier gériatrique. En maison de repos, 30 à 70 % des résidents chutent au moins une fois par an et 25% des résidents au-delà de 85 ans rechutent dans l’année (source : MintT).

Un taux de chutes élevé, malgré la pandémie de Covid-19

Au sein de l’hôpital UZ Brussel, plus de 500 chutes ont été notifiées en 2019. En 2020, on en comptabilisait 355. Néanmoins, ce résultat doit être nuancé : la pandémie de Covid-19 ayant réduit le nombre de prises en charge et de soins réguliers.

« Ce sont des chiffres élevés », commente le Prof. Dr. Lieten, Responsable clinique en Gériatrie. « Il faut savoir que les comptes-rendus viennent principalement de trois départements : la Neurologie, la Psychiatrie et la Gériatrie. Nous constatons que pendant les consultations, très peu de chutes sont notifiées car le personnel soignant a moins l’occasion de le faire. Le nombre réel de chutes est sans aucun doute beaucoup plus élevé ».

Qui sont ces victimes des chutes ?

Parmi les patients qui sont victimes de chutes en milieu hospitalier, on trouve plusieurs profils. Une grande partie de ces personnes souffrent déjà de fractures et ont donc un risque plus élevé de retomber. Il s’agit souvent de plus de 65 ans avec une santé fragile.

Ensuite, UZ Brussel constate que les patients souffrant de problèmes cognitifs, éventuellement sous l’influence de médicaments, forment un groupe à risque.

« Nous constatons d’ailleurs que les médicaments ne sont souvent pas la solution, mais bel et bien la cause des problèmes de chute. Il est donc important que la famille et le médecin généraliste communiquent de manière la plus complète possible sur les médications en cours. Sinon, l’arrêt brutal de la consommation de médicaments peut mener à une chute », constate le Prof. Dr. Lieten.

La prévention des chutes avant tout

On ne le dira jamais assez : le premier pas vers la prévention des chutes est une attention suffisante. C’est en ce sens que le Prof. Dr. Ivan Bautmans, responsable du département Gérontologie et du groupe d’études Frailty in Ageing (VUB), souligne l’importance de la sensibilisation des étudiants :

« Dans les différentes formations à la VUB qui touchent à la Gériatrie, nous essayons de démontrer aux étudiants qu’il est primordial d’avoir une politique de prévention des chutes et de démontrer le rôle crucial que joue un coordinateur Prévention des Chutes au sein d’un établissement de soins ».

L’UZ Brussel applique cette recommandation et dispose d’une équipe Prévention des chutes. Les analyses des taux de chutes sont menées et un système de testing et de scores a été élaboré.

« Quand un patient est pris en charge à l’hôpital, le personnel soignant procède à une première évaluation du risque. Les patients à risque élevé reçoivent une attention particulière, par exemple à l’aide d’un bracelet avec des codes couleurs ou une adaptation de leurs médicaments », précise le Prof. Dr. Lieten.

Si besoin, l’équipe de liaison interne (Gériatrie) intervient pour assurer un suivi et pour formuler des recommandations auprès des infirmiers coordinateurs et des autres membres du personnel soignant (ergothérapeutes, kinésithérapeutes,…).

Et si les choses dérapent ?

Si malgré tout un patient tombe, après lui avoir apporté les premiers soins tout un système se met en route : la notification par le personnel soignant, la discussion avec le médecin et l’analyse de la chute afin d’en évaluer la gravité. Dans tous les cas et en étroite collaboration avec l’équipe ‘Prévention des chutes’, on évalue comment une chute similaire peut être évitée à l’avenir.

« Un flux d’informations entre les différents départements et une documentation la plus complète possible sont essentiels. Je demande que toutes les connaissances disponibles soit transmises de manière proactive, par exemple lors de soirées thématiques autour de la problématique des chutes », ajoute le Prof. Dr. Lieten.

La prévention des chutes commence dans l’environnement domestique du patient

« Dans notre société, on sous-estime les bénéfices potentiels qu’on pourrait obtenir si on se focalisait autant sur le traitement des causes que sur les soins des conséquences d’une chute », souligne le Prof. Dr. Bautmans. Des bénéfices qui se traduisent également en euros. D’après le Prof. Dr. Lieten : « le coût total qu’entraîne une chute pour la sécurité sociale peut s’élever à plusieurs milliers d’euros ».

La prévention n’est pas la seule responsabilité des établissements de soins :

« Dans l’environnement domestique, une attention particulière doit être prêtée aux risques de chutes. Chaque personne concernée partage une partie de cette responsabilité : les membres de la famille, les aidants proches, les médecins généralistes, les infirmiers à domicile, etc. », explique le Prof. Dr. Bautmans, qui fait aussi référence à un exemple concret : « Parfois nous voyons des patients entrer à l’hôpital avec des chaussures qui ne sont absolument pas adaptées à leur santé fragile. Voilà comment créer des problèmes ».

Le Prof. Dr. Lieten mentionne un autre exemple : « Souvent, les membres de la famille et les aides-soignants à domicile forcent le patient à prendre des somnifères ou des antidépresseurs. Mais au lieu d’aider le patient, ils augmentent le risque de chutes, ce qui mène à une souffrance physique et psychique ».

Remplacer l’infantilisation par une vision positive sur le vieillissement d’une personne

Selon le Prof. Dr. Bautmans, beaucoup de choses peuvent être améliorées au niveau sociétal, surtout en ce qui concerne la perception des personnes âgées.

« Les personnes âgées veulent vieillir d’une autre façon qu’il y a 20 ans. Cette nouvelle définition du vieillissement comprend entre autres du sport, des activités et du mouvement. Pourquoi la société voudrait-elle nier cette tendance et ce souhait ? »

Pratiquer la prévention des chutes, c’est également arrêter de materner les personnes âgées. « Les personnes âgées sont parfois considérées comme des victimes d’une chute, avant même que la chute ait lieu. Toute la société doit faire des efforts pour transmettre un message positif, par exemple sur le fait que suffisamment de mouvement contribue au maintien de la fonction cognitive », concluent le Prof. Dr. Bautmans et le Prof. Dr. Lieten.

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